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Rio, ses plages de rêves dont les seuls noms Copacabana, Ipanéma évoquent le rythme de la samba, les caïpirinhas, le beach volley et les belles brésiliennes en strings. Rio est aussi pour nous l’occasion de belles rencontres sportives grâce à notre ami Gwen, française qui vit au Brésil depuis plusieurs années, qui nous accueille chez elle tout au long de notre séjour.

Derrière la carte postale, de l’espoir dans les favélas grâce au Badminton : l’association Miratus.

Gwen, nous amène rencontrer l’association qu’elle soutient personnellement et professionnellement depuis plusieurs années et dont elle a de quoi être fière ! L’association Miratus se trouve dans la favéla de Chacria. Nous avons la chance (toute relative ici) que depuis quelques temps, un nouveau gang ai repris le commandement du quartier car le calme est revenu. Lors de nos discussions début décembre, Gwen avait abandonné l’idée de nous amener à Miratus car c’était trop tendu dans cette favelas. Je parle de chance pour nous car nous y avons découvert des gens extraordinaires et une fabrique à champions peu académique.

En entrant dans l’unique rue de la favela en voiture, nous devons ouvrir les fenêtres et ne pas fixer les gens. C’est la consigne pour que ceux qui surveillent l’unique entrée de la favelas sachent qui rentre et qui sort…

Fondée par Sebastien Cohelo Da silva, l’association Miratus forme des joueurs de Badminton et des citoyens. L’association a été très médiatisée en 2016 quand le fils de Sebastian, Ygor, a participé aux Jeux Olympiques. On peut facilement imaginer que la participation aux JO de l’enfant des favelas fut un évènement fort et un bel exemple pour les jeunes qui ont besoin d’alternative à la criminalité et au trafic de drogue.

En arrivant, nous voyons un grand bâtiment bleu, complètement démesurée dans cet environnement anarchique de la favelas, qui abrite depuis 20 ans le centre d’entrainement Miratus de Badminton et ses 5 terrains.

Mais qu’est ce qui a bien pu conduire Sebastien à monter une telle structure ici ? Sebastien nous raconte alors son histoire, et on comprend vite qu’un personnage hors du commun, autodidacte, animé de revanche sur la vie et de générosité, se tient devant nous.

Placé en orphelinat dès l’âge de 6 ans, Sebastian passa toute son enfance à ne voir sa mère qu’une fois par an. Les professeurs de l’orphelinat l’ont poussé à faire des études pour ne pas sombrer dans la criminalité comme d’autres enfants de son âge. Trop nombreux sont ses amis d’enfance devenus des exemples de criminalité dans sa favela, et pour beaucoup, victimes de tirs.

Pour illustrer ce qui l’anime dans la création et l’animation de ce centre, Sébastian nous montre deux vidéos : on peut voir sur la première des enfants de 8 ans rigolant en jouant avec des mitraillettes. Sur la seconde, une jeune fille en minijupe fait des gestes obscènes avec sa kalachnikov. « Ça, ce sont les exemples qu’ont les enfants ici. Ça devient leur modèle. Ici le crime est organisé et, pour lutter contre le crime, je dois m’organiser aussi et je dois montrer d’autres modèles ». Tout est dit.

Une fois devenu professeur d’EPS, Sébatian décide de monter un centre sportif pour permettre aux jeunes de se retrouver sans trop savoir quel sport il va y faire pratiquer. Il commence par décaisser puis terrasser son terrain à la pioche, coule une dalle de béton et un début d’escalier de 12 marches qui ne mène nulle part. Sebastien n’a pas de plan en tête, mais tous les matins, il s’assoit sur son escalier et décide ce qu’il va faire dans la journée sur son chantier. Alors qu’il pensait construire une piscine, il rencontre par hasard un éducateur de Badminton : un drôle de sport avec un volant qu’il trouve alors très ludique. C’est ça qu’il va faire : du Badminton ! Il dessine les terrains, plante les filets, arrive à avoir quelques raquettes et des volants. Les jeunes commencent à jouer, pieds nus sur le béton coulé à la main, les pieds parfois ensanglantés mais heureux. Un riche Brésilien vivant en Suisse apporte les premières aides financières. Une jeune joueuse participe aux championnats du Brésil, un premier reportage télé est diffusé.

Gwen, qui travaille alors chez Décathlon, veut les aider personnellement et, quelques mails plus tard, engage la fondation Décathlon dans cette aventure. Sébastien peut alors monter des murs puis un toit, les joueurs reçoivent des chaussures, des raquettes. etc… et Sébastien se débrouille, éduque avec fermeté, et reussi le pari fou de donner un avenir aux jeunes du quartier. En 2016, Son fils Igor participe aux JO, l’association est reconnue et médiatisée. Aidés également par Nissan, Igor mène une carrière internationale, de nouveaux talents émergent et des dizaines de jeunes se retrouvent à l’entrainement dans la grande bâtisse bleue dans des conditions suffisamment confortables pour progresser.

Après avoir raconté mon parcours de sportif aux jeunes de l’association, je montre quelques vidéos de compétitions. Mais face à un tel public, que donner comme exemples probants d’obstacles à surmonter pour réussir ? Moi qui n’ai eu dans ma carrière qu’à me préoccuper de faire des performances ? Je les impressionne en leur disant que je saute aussi haut que le plafond de leur salle !

Nous participons tous les quatre à une partie de l’échauffement que Sébastian a mis au point pour son groupe : un savant mélange de pas de samba, bien rythmés en musique, et de gestes moteurs du badminton et aujourd’hui reconnu par la fédération Brésilienne. Un régal pour nos yeux, un ballet magnifiquement orchestré ! Les jumaux de l’association (environ 2m chacun, tout en jambes, l’un champion du Brésil, l’autre des Jeux Sud américains, nous font l’honneur d’une démonstration de jeux. Et ça envoie !!!

Pour finir, nous réalisons une interview de Sébastien sur le toit de sa maison adossée à la salle de Badminton : oui il croit en l’esprit Olympique pour aider son pays et les jeunes des favelas. Il est bien sûr déçu que le Brésil n’ait pas réussi à garder l‘héritage matériel des JO (les sites sont désormais fermés au public, sauf la piscine mais pour combien de temps ?), mais il garde encore espoir que l’esprit Olympique, par les exemples des jeunes de son centre, permette petit à petit à son pays tout entier de relever le défi de diminuer fortement la criminalité.

Nous nous faisons de grandes accolades Brésiliennes avant de se quitter. Je ressens chez Sebastian et chez Gwen une profonde émotion quand ils parlent de l’association, des jeunes, des espoirs de chacun, de la fierté d’avoir réussi et de la tenacité de continuer.

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